Test The Darkness II
zoom publié le 08/02/12
par yann
Après un opus très noir et chirurgical signé Starbeeze, c'est au tour du studio Digital Extremes d'hériter du Darkness, histoire de livrer leur vision semble-t-il plus colorée du Comics de Top Cow. Mais méfions nous des apparences...
De prime abord, on pourrait penser que Jackie Estacado commence à panser ses plaies, deux années s'étant écoulées depuis l'assassinat de Jenny devant ses yeux. Mais en dépit de son ascension fulgurante à la tête de la pègre New-Yorkaise, l'image de son âme soeur perdue le hante, et son coeur ne cesse de saigner sous sa longue veste de croque-mort. Mieux vaut ne pas trop se fier non plus au ton bariolé qu'arbore cet univers. L'aspect Cel Shading du "Graphic Noir" - le style maison employé pour dépeindre ce décor - ne vise pas à cacher un manque de détails. Cette direction artistique affirmée dessine lentement une identité picturale très en phase avec la BD originale, pour mieux l'éclabousser de gerbes d'hémoglobine. Si le filtre grisâtre du premier épisode s'en est allé, The Darkness II reste le théâtre d'un déferlement de violence sans limite, ou presque, qu'un attentat à l'encontre de Jackie vient brusquement réveiller. Car cette entité maléfique qu'il tentait de refouler, le Darkness, suscite la convoitise de la Confrérie, un groupe d'illuminés qui en connaît les secrets, et les faiblesses. Au delà de diverses armes à feu, de protections organiques et même de lassos, ces fanatiques utilisent des projecteurs et autres grenades flash qui annihilent les pouvoirs du Darkness. Jackie n'a alors plus que ses flingues pour pleurer, une situation moins désespérée qu'il n'y paraît, en faisant abstraction de l'oppressant éblouissement qui l'oblige à vite chercher une zone d'ombre. The Darkness II demeure un FPS dans sa substantifique moelle, efficace, percutant, même si l'obscurité dévoile sa double personnalité.

Quadrivalence
Une fois les ampoules et lampadaires éradiqués, une habitude dans la série, l'intensité du Gameplay se décuple, ou plutôt quadruple en l'occurrence. En plus de tenir une pétoire dans chaque main, Jackie peut désormais attaquer simultanément avec les deux mâchoires démoniaques du Darkness. L'une a ainsi pour vocation de lacérer les ennemis selon l'angle défini par le stick - avis aux amateurs de coupes d'anatomie - tandis que l'autre se destine à saisir les objets innocemment placés dans l'environnement, afin de les projeter sur l'adversité. Il est aussi possible de s'en servir comme bouclier de fortune, un principe qui pallie à l'absence de système de couverture. Enfin cette tentacule joue le rôle du bourreau, assoiffé de sang. Dès lors que ses crocs se plantent dans sa victime, on a tout loisir de déterminer la manière de l'achever. Ces mises à mort dégoulinantes de tripes constituent toujours l'un des points culminants de la férocité, et de l'imagination morbide de The Darkness. Cependant le choix de la sentence n'est pas qu'une question de goût, il dépend également des bienfaits que l'on souhaite en tirer (regain de santé ou de munition par exemple). Et encore faut-il avoir développé ces talents d'exécuteur, l'une des quatre branches de l'arbre des compétences que l'on acquiert avec l'Essence Sombre accumulée au fil des carnages. Les autres aptitudes se focalisent sur les armes, les tentacules et les diverses sorcelleries du Darkness, un arsenal plus fourni qu'auparavant qui permet de façonner Jackie en fonction de ses aspirations meurtrières. Par contre un seul Darkling accompagne cette fois notre héros.

Mafia Blues
C'est d'ailleurs cette facétieuse créature que l'on incarne lors des (trop) rares phases furtives, maigres vestiges des fenêtres d'exploration qu'offraient le premier volet. Idem pour son univers jadis relativement ouvert, remplacé ici par un level design assez rudimentaire, où l'unique espace de liberté se cantonne à la demeure de Jackie. Malgré tout, le dirigisme entraîné par l'amputation de toute forme de tâche annexe, à l'exception de la collecte des reliques, ouvre la voie à un récit d'une noirceur encore plus abyssale. A ce sujet, bannissez immédiatement les voix françaises, un véritable sacrilège à côté de la VO ! Le timbre rauque de Brian Bloom sied idéalement à Jackie, sans parler des envolées viscérales de Mike Patton, pure incarnation du Darkness. Le précédent chapitre était déjà allé très loin dans le malsain et la cruauté. Pourtant le scénariste Paul Jenkins s'est risqué à en repousser les frontières, ne s'arrêtant ni au politiquement correct, ni à une quelconque pudeur hypocrite. A la brutalité des scènes, notre homme a ajouté une torture psychologique plus insidieuse. Ce voyage entre rêve et cauchemar, entre folie et réalité - à nous d'en décider - n'en devient que plus marquant. Derrière la frénésie sanglante qui caractérise Jackie, son propos aucunement manichéen reflète à la perfection la nature profonde de cet immense personnage, rongé par le désespoir et ce dilemme intérieur. Après les airs d'adaptation hollywoodienne du cru Starbreeze, The Darkness trouve ici une interprétation vidéo ludique fidèle et intimiste, quand bien même elle déborderait des cases de la bande dessinée.

Conclusion
A priori, le rendu bariolé de The Darkness II pourrait faire penser que Digital Extremes a livré une interprétation édulcorée de l’œuvre de Top Cow Productions. A tort, cette direction graphique très proche du Comics ne sert qu’à exacerber la violence de Jackie, grâce aux pouvoirs plus étendus du Darkness. Ce gameplay plus riche et mieux maîtrisé s’accompagne hélas d’une linéarité narrative qui laisse bien peu d’espace à l’exploration. Cependant la force du récit le justifie, et le mode Vendettas permet de toute façon de se plonger durablement dans l’univers de The Darkness, sous un jour un peu moins sombre…
Verdict : 8,5/10

- L’aspect visuel unique
- La narration accomplie et sans concession
- Le Gameplay viscéral
- Les pouvoirs du Darkness nettement plus étoffés…
- … Que le mode Vendettas permet d’expérimenter
- L’humour noir de ce mode coopératif

- La quasi absence d’exploration et de quêtes annexes
- Les voix françaises


Les dernières actus...
Prochaines sorties
-
39,99 €
-
19,95 €
-
69,99 €
Meilleures ventes
-
59,99 €
-
9,99 €
-
9,99 €
Forum
Sondage
Combien de temps consacrez-vous au jeu vidéo chaque semaine ?






